Italie et les communistes

    Partagez
    avatar
    erve
    Nouveau
    Nouveau

    Messages : 95
    Date d'inscription : 19/07/2011

    Italie et les communistes

    Message par erve le Jeu 27 Déc - 9:48

    Il y a très peu d'informations qui arrivent en français dans nos réseaux concernant l'Italie et les communistes, alors que ce pays industriel a une grande histoire prolétarienne ... mais aussi un avenir. Difficile d'avoir une vue d'ensemble sur le mouvement communiste internationale en ignorant les Italiens.

    Pour rebondir sur l'actu, SI PCF a publié cet article :
    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

    Spoiler:


    La « Fédération de la gauche » explose en Italie sur fond de recomposition politicienne et de soutien à la future gauche plurielle

    Article AC pour [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]


    Vingt ans après la liquidation du PCI, ce parti que Pasolini qualifait d'« île de probité dans un océan de saleté », toute la saleté de la vie politique italienne qui refait surface.

    Après la tragédie, la farce. La tragédie sociale, c'est la politique de « rigueur » menée par l'ex-commissaire européen et conseiller de Goldman Sachs, Mario Monti.

    Le « dictateur » romain imposé par Bruxelles a bénéficié pendant un an du soutien sans failles au Parlement du centre-gauche comme de la droite pour mener sa politique impopulaire : relèvement de l'âge de la retraite, coupes dans les budgets publics, austérité salariale.

    Après sa démission, c'est le retour du bal des hypocrites. Dans une farce politique où l’humoriste populiste Beppe Grillo, devenu une drôle d'alternative au consensus dominant avec ses positions aux relents de qualunquisme (NdT : équivalent du poujadisme en Italie) n'est pas le seul comique en lice.

    A droite, avec la croisade de Berlusconi pour « sauver l'Italie » des griffes de la bureaucratie bruxelloise. Celui qui a accepté de se soumettre au diktat de Bruxelles il y a un an a du mal à cacher sa complaisance de fond : il a même proposé de retirer sa candidature si Monti prenait la tête d'une « coalition des modérés ».

    La mise en scène européenne, entre louanges pour Monti et opprobre pour Berlusconi ne trompe personne. Construire une légitimité au futur gouvernement de centre-gauche, tout en renforçant la future opposition de droite, menée par les néo-fascistes plus que par Berlusconi.

    A gauche, les primaires à l'américaine du PD ont atteint des sommets. L'ancien liquidateur du PCI, privatiseur de l'ENEL (EDF italien) en 1999, Pier-Luigi Bersani a pu s'appuyer sur la droitisation de son parti.

    Avec comme aile-droite l'épouvantail que représente le « Tony Blair italien », le jeune maire de Florence, Matteo Renzi. Moderne, pour le « mariage pour tous »... mais aussi pour les coupes dans les dépenses publiques, les exonérations fiscales pour les entreprises, la libéralisation du marché du travail. Il a récemment soutenu le patron de FIAT dans sa guerre d'intimidation contre ses ouvriers.

    Et comme caution de gauche, l'ex-liquidateur de Refondation communiste, Nichi Vendola.

    Le président des Pouilles, chouchou des médias, espoir de la gauche radicale, a créé un parti à la mesure de sa mégalomanie (« Gauche, écologie et libertés »), avec même des organisations locales constituées autour de sa personnalité (« les usines de Nichi ») pour les dernières élections régionales.

    L'éclectisme de ses positions laisse pantois : catholique fervent, admirateur de Jean-Paul II mais partisan du « mariage gay » ; européiste animé par le projet d'Adenauer et Monnet et sioniste patenté ; critique de l'ultra-libéralisme mais défenseur de réformes libérales dans sa région, vantées par la patronne du MEDEF italien, Emma Marcecaglia : « Vendola est le meilleur gouverneur d'Italie du sud, sa région des Pouilles est la mieux gérée ».

    Quant à son passé de communiste, Vendola fait le choix du repenti : « Je ne me définis plus comme un communiste. Le communiste était une question merveilleuse mais ce fut aussi une terrible réponse. Ce fut un grand rêve et un cauchemar horrible. Je n'ai aucune tolérance pour le cauchemar, une idéologie qui a produit les goulags ».

    Face à cet épouvantail à droite et ce rabatteur à gauche, Bersani n'a guère eu de mal à se faire élire comme candidat du centre-gauche aux futures législatives.

    Quant à son programme économique, il continuera l'oeuvre de Monti :« nous avons beaucoup plus aidé le gouvernment Monti que vous ne le pensez, nous avons servi de tampon sur les questions sociales » confiait-il au Wall Street Journal au début du mois.

    Et il s'inscrit par ailleurs dans l'esprit de celui de l'ultra-libéral Renzi auquel il a même reproché... d'avoir copié son programme. Tout un programme !

    Et les communistes dans tout cela?

    Que proposent le Parti des communistes italiens (PdCI) et Refondation communiste (PRC) – insérés depuis 2008 dans la Fédération de la gauche – face à ce système verrouillé et mis en scène par l'idéologie dominante ? Plutôt que de prendre leurs distances, ils y rentrent pleinement et alimentent la droitisation de la vie politique.

    Le PdCI a choisi de rentrer dans la primaire, soutenant Vendola au premier tour puis Bersani au second. Comme justification apportée, la volonté de « ramener les communistes au Parlement, de reconstruire des chemins unitaires à gauche et mettre fin au berluconisme et au montisme avec une nouvelle alliance de centre-gauche pour une autre Europe ».

    Face à cette participation à une nouvelle « gauche plurielle » à l'Italienne comme en 1998 et en 2006 sous Romano Prodi, Refondation communiste (RC) semble garder une posture de radicalité mais pour proposer un projet de recomposition plus large : la création d'une nouvelle formation politique à gauche.

    Prenant exemple sur Izquierda Unida en Espagne, die Linke en Allemagne, le Front de gauche en France, RC propose une « nouvelle formation qui réunisse tous ceux à la gauche du PD : de di Pietro aux mouvements pour l'environnement. Le PD a fait disparaître le mot 'gauche'. Il faut créer une nouvelle chose de gauche pour partir sur un New Deal en Italie ».

    Dans sa proposition de « Quatrième pôle », RC propose une alliance avec Nichi Vendola, le juge de droite Di Pietro (l'Eva Joly italien)... qui ont pourtant déjà accepté de rentrer dans la future gauche plurielle menée par le PD !

    Derrière ces deux projets de recomposition, contradictoires en apparence (« identité communiste » pour négocier des postes au PD vs « pôle de radicalité » pour canaliser in fine vers le PD), c'est le fiasco de la Fédération de la gauche (FdS) qui éclate au grand jour.

    Rappelons qu'en 2008, un tout autre projet politique était porté par les bases militantes du PdCI et de Refondation communiste : celui de l'unité des communistes pour reconstruire un nouveau Parti communiste italien.

    Après quinze ans de dérive liquidatrice au sein de Refondation communiste, avec l'équipe Bertinotti-Vendola, le projet d'un parti de « gauche » unique, la Gauche arc-en-ciel, conduisait à un échec historique aux élections de 2008 : 3% et l'expulsion des communistes du parlement.

    Les militants de Refondation communiste avaient alors renversé la direction liquidatrice, tandis qu'au PdCI les bases militantes forçaient la direction à faire un retour auto-critique sur le soutien passé aux gouvernements de centre-gauche et à envisager de relancer l'unité des communistes.

    Ce formidable élan pour l'unité des communistes a ensuite été récupéré par des franges liquidatrices au sein des deux partis, sous l'égide du PGE, pour le rabattre vers la création d'une force de gauche non-communiste, proposant des solutions compatibles avec la social-démocratie.

    Quatre ans après, si cette nouvelle mouture du projet liquidateur est en train d'exploser sous le poids de ses propres contradictions, hélas les conditions pour la renaissance d'un véritable mouvement communiste en Italie semblent compromises. Le rapport de force de 2008 anéanti.

    En réalité, le projet liquidateur du PGE en Italie, en échec sur sa capacité à construire autre chose n'est en réussite que sur un point : détruire ce qu'il reste de l'organisation communiste en Italie, empêcher toute reconstruction.

    Une vision dramatique où sur le fond je suis globalement d'accord, sauf que les rédacteurs de SI PCF voient le Front de gauche partout dans les pays et qu'ils n'ont pas l'air d'avoir plusieurs grilles de lectures, basées sur d'autres expériences que la leur.


    Sur Facebook, Massimiliano Arif Ay, du parti communiste du Tessin (Suisse italophone) a réagit à cet article en français, ce qui faut la peine d'être publié :

    " Bien qu'il soit difficile de trouver un compromis avec le Parti démocrate (PD) toujours plus a droite, les électeurs communistes italiens n'acceptent pas les division (en a vu ça en 2008: quand le PD a eliminé les communistes de sa coalition, la base communiste a voté PD pour un question de "vote utile").

    D'une part, il y a ceux (PRC, avec les trotskistes et les extrémistes de l'ancien groupe de "Démocratie Proletarienne") qui croient que la Fédération de la Gauche devrait être entièrement anti-capitaliste mais courir le risque d'être encore plus marginalisés et d'autre part il y a ceux (PdCI et le groupe m-l de "L'ernesto" qui a abandoné le PRC pour rejoindre le PdCI) qui croient que la phase historique actuelle peut exiger un tactique plus modérée, mais dans laquelle les communistes pourraient faire pression réelle et faire voire concrètement à la population la différence des communistes.

    Le PdCI dit aussi que les communistes doivent s'unir et reprendre l'identité marxiste-léniniste qui est refusé par le PRC mais à niveau électorale être capable de trouver des alliances. C'est depuis 2008 que le PdCI propose l'unification avec le PRC, mais ce dernier a toujours refusé.

    Le PRC est presque compacte pour la première hypothèse. Le PdCI conteste le choix des camarade du PRC: "c'est pas avec un pure isolement que les communistes et la gauche en Italie vont augmenter". En plus le PdCI pense que dans le PD, un parti quand même de masse et avec un forte base populaire-ouvrière, il y a toujours des sensibilité envers le mouvement syndical qui doit être accroché pour constituer des majorités et donc être «utile» à la classe ouvrière. Selon le PdCI «le défi se situe entre la technocratie que nous avons connu cette année et qui a détruit tant de conquêtes du monde du travail du siècle dernier et un nouveau centre-gauche, qui peut ouvrir une nouvelle saison. D'une part, il y a la fin de la démocratie représentative et du welfare state, de l'autre la possibilité, qui doit être vérifiée, d'un changement de direction. Les pouvoirs forts en place ont choisi un côté. Nous avons l'intention de faire la même chose. Avec humilité, avec un sens de nos limites. Nous ne savons pas si nous allons réussir. Nous ne savons pas si les autres forces de centre-gauche auront envie d'essayer. Mais nous savons une chose: nous devons essayer, ne pas nous isoler, rester dans les alliances sur le terrain pour gagner, pas seulement participer".

    Le but de cette phase de l'histoire et de la politique de "l'anomalie italienne", pour les communistes est donc, selon le PdCI, faire pencher la balance du pouvoir autant que possible en faveur du monde du travail, contre le populisme fascisant de Beppe Grillo et les technocrates (de la BCE) de Monti.

    Le PdCI, en même temps et l'article ici ne le dit pas, a travaillé à construire des alliances aussi en dehors du centre-gauche. Ils ont fait la manoeuvre (voir video: [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]) "Kansas City" (regarder à la droite pour faire une action sur la gauche) et a réussi à rejoindre une grande liste civique à gauche contre l'austérité avec le juge anti-mafia Antonio Ingroia, très populaire et qui a mis un ultimatum au PD. Si le PD continuera à regarder à droite, l'alliance ne se fera pas, mais la liste unitaire anti-austérité est prêt à discuter avec le centre-gauche au moin. Le PRC par contre est contraire à ce dialogue. Cette liste est un front uni anti-austérité, basé sur un programme minimum mais incisif à niveau réformiste. Il s'agit pas d'un mouvement révolutionnaire, mais à l'intérieur, les communistes auront un certain poids et le PDCI ne se fondra pas et réaffirme en effet l'objectif stratégique de la reconstruction d'un parti communiste unifié de cadres et de masse."


    Et pour chauffer l'intérêt des lecteurs francophones sur les communistes italiens, une petite chanson populaire, vieille des luttes paysannes de la fin du XIXe siècle : Smile I love you [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
    avatar
    WALDEC
    Nouveau
    Nouveau

    Messages : 16
    Date d'inscription : 23/06/2011

    Voici les éléments en cours

    Message par WALDEC le Mar 1 Jan - 13:18

    C'est compliqué. C'est pourquoi, je te donne les élèments que l'on m'a donné. Pour comprendre l'attitude des forces en jeu, il faut savoir d'abord trois choses.

    Premièrement, la stratégie des différentes forces de gauche - et même celle du Parti démocrate - a du mal à être arrêtée, pour la bonne et simple raison qu'on ignore encore, à cinq mois du scrutin quelle sera la loi électorale. Cette dernière influe énormément sur la stratégie d'alliance. Actuellement, les partis s'apparentent entre eux et la coalition arrivée en tête obtient une prime pour l'aider à gouverner. Bien que le système soit proportionnelle, sa logique induit un vote utile. C'est ainsi qu'en 2008, en faisant le choix de l'indépendance, la Gauche arc-en-ciel n'a pas obtenu les 4% nécessaires pour obtenir des députés.

    Deuxièmement, Gauche écologie et liberté est perçue dans les media et dans une grande partie de l'électorat de gauche comme la principale force à la gauche du PD. Prenant compte du système électoral Gauche écologie et liberté, le mouvement scissioniste de Refondation formée par Nichi Vendola a décidé d'entrer en coalition avec le PD, alors qu'il y a une forte tendance en Italie vers un vote bipolaire. Fort de son charisme et ambitionnant de prendre la tête un jour de la coalition - d'où une modération à grande vitesse de son programme - Nichi Vendola décide de participer aux primaires.
    Troisièmement, les forces de la Fédération de la gauche (PRC, PdCI, mais aussi Socialisme 2000 et Consommateurs unis) avaient trouvé un accord, avant que Mario Monti n'accède au pouvoir il y a un an pour une alliance "électorale" avec le Parti démocrate (PD) de Pierluigi Bersani. Depuis que ce dernier est secrétaire, le PD a fait un virage à gauche et accepte l'idée d'une coalition. Le précédent secrétaire Walter Veltroni théorisait "l'autosuffisance" du PD. L'alliance électorale pour ramasser toutes les voix à gauche et permettre à la Fédération de la gauche d'avoir des élus n'induisait pas une participation au gouvernement. Il faut savoir qu'avec le système électoral actuel - qui devrait être changé d'ici avril - il ne faut que 2% pour avoir des députés dans le cadre d'une coalition. Mais il en faut 4% en dehors.

    Une fois ce cadre établi - le poids du système électoral, l'alliance électorale prévue de longue date avec le PD, et la domination de Vendola sur la gauche du PD - passons à la situation actuelle.
    Lors du dernier Conseil de la Fédération de la gauche, les forces se sont divisées. Le PdCI voulait, avec Socialisme 2000 maintenir l'idée en vigueur avant l'arrivée de Monti : une alliance électorale avec le PD, afin d'avoir des élus. Il faut comprendre que si les communistes n'ont pas, à nouveau, de députés, ce sera Gauche écologie et liberté qui avec ses parlementaires, sera le référent de la gauche pour les travailleurs. Les communistes se marginaliseront durablement.

    Le Parti de la Refondation communiste a, lui, fait une autre proposition. Il s'agit de rassembler toutes les forces alternatives au Parti démocrate. Ce n'est pas idiot non plus. Le principal syndicat italien, la Fiom, ne cesse demander que le travail soit représenté. C'est une base sociale pour un tel rassemblement. Italie des valeurs, parti de centre-droit mais dérivant à gauche du fait des politiques d'austérité, s'est allié en certains endroits avec la Fédération de la gauche. Cela a permis de remporter notamment Naples et Palerme. Cette force qui continue de se dire réformiste et siège avec le Modem à Strasbourg balance entre PD et autonomie vis-à-vis de cette force liée à Monti. Refondation est persuadée que le PD ne mènera pas une politique bien nouvelle après le départ de Monti, vue sa position. Depuis, une alliance éventuelle s'opère avec De Magistris et Ingroia pour une liste unique où chaque parti est autonome.

    La liste va s'appeler "Révolution Civile" (Cela rappelle la révolution citoyenne de Mélenchon) derrière la tête de liste Ingroia intégrant Italie des valeurs, les verts et les communistes. Cette liste n'a pas pour but de créer un parti mais bien de créer une alternative à Gauche. Comme le dit Ferrero, un 4ème pôle. De plus, nous voyons la disparition de la fédération de la gauche. Mais bien une autonomie plus grande de Refondation communiste et le parti communiste des italiens. l'histoire nous dira si c'est pour recréer le Parti communiste italien processus entamé par la base militante de ses deux partis et déjà à l'oeuvre chez les jeunes communistes italiens. Cette liste sera une liste qui permettra peut être aux communistes de refaire surface ou de s'évaporer. là aussi l'avenir nous le dira.
    avatar
    Pedro
    Pionnier
    Pionnier

    Messages : 246
    Date d'inscription : 18/06/2011

    Re: Italie et les communistes

    Message par Pedro le Mer 23 Jan - 21:09

    [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

    Contenu sponsorisé

    Re: Italie et les communistes

    Message par Contenu sponsorisé


      La date/heure actuelle est Lun 11 Déc - 15:20