L'effort institutionnel est constant pour faire taire les voix des penseurs critiques

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    Joe
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    L'effort institutionnel est constant pour faire taire les voix des penseurs critiques

    Message par Joe le Ven 22 Mar - 15:44

    L'effort institutionnel est constant pour faire taire les voix des penseurs critiques
    le 22 mars 2013


    Tribune publiée dans l'Humanité du vendredi 22 mars, pages 19-20
    Par Hugo Pompougnac, secrétaire national de l'Union des étudiants communistes
    À l'heure où Marx fait son grand retour en librairie, c'est peut-être à l'université que l’on entend le moins parler de son œuvre et de son héritage. Le fait est d'abord frappant en économie. Les conceptions puériles qui ont conduit le monde à la faillite tiennent le haut du pavé, quand les travaux marxistes sont considérés comme des parenthèses folkloriques dans l'histoire de la pensée. Et quoi de plus normal, après tout ? L'offensive néolibérale à l'œuvre depuis le milieu des années 70 a eu besoin qu'on publie des articles pour chanter ses louanges et que des « experts » accrédités viennent en faire la pédagogie sur les plateaux de télévision. Il a fallu et il faut, en un mot, mener la bataille des idées à la source, là où elles sont produites et là où elles sont transmises, c'est-à-dire à l'université.

    Dès lors, l'effort institutionnel est constant pour faire taire les voix dissonantes des penseurs marxistes et critiques qui refusent d'enfermer la science dans ce rôle idéologique : on les écarte, on les marginalise, on les prive de financements. Il faut des économistes pour expliquer aux Français que la réforme des retraites est nécessaire, même et surtout si les faits disent l'inverse. Il faut des anthropologues pour désigner les uns comme les boucs émissaires des autres, quand les petits jeux risqués des magnats du CAC 40 enfoncent le pays dans la crise. Il faut des statisticiens pour produire des chiffres, les faire parler et les faire agir. Le livre de chevet de Marine Le Pen, La France Orange Mécanique, n'arrive pas de nulle part. Il faut toute une armada de juristes, de biologistes et d'historiens, pour intervenir dès que le besoin s'en fait sentir : mariage pour tous, réforme de l'éducation, amnistie sociale. Il ne faut surtout pas libérer la parole scientifique, et il faut faire taire les chercheurs critiques.

    Les réformes de l'université mises en œuvre depuis le début des années 2000 aggravent encore cet état de fait. Les universitaires sont maintenus dans une telle situation de précarité qu'ils ont besoin d'un courage réel pour s'écarter des préjugés dominants : ils risquent leur carrière, ils perdent des crédits, la porte des institutions se ferme. Stéphane Courtois, chien de garde émérite et contributeur au Livre noir du communisme, déclarait ainsi en 2007 : « L’ensemble de l’université est dans une situation désastreuse qui tient largement à la persistance d’une idéologie communiste au sens large. [...] La loi sur l’autonomie des universités va, je l’espère, débloquer cette situation et faire comprendre aux étudiants où est leur intérêt. » Le ton est donné, la chasse aux sorcières peut commencer.

    Il est dramatique que l'université française, dont la tradition d'autonomie vis-à-vis du pouvoir politique a fait les lettres de noblesse, enferme ses travaux dans les préjugés idéologiques. Combien de recherches brillantes, combien de Bourdieu en sciences humaines, combien de prix Nobel, combien de Joliot-Curie en physique sont-ils écartés chaque année parce qu'ils permettent et encouragent le progrès social ? Combien de grandes avancées scientifiques n'auront jamais lieu parce que les crédits, les étudiants et les infrastructures sont attribués à d'épuisants enfantillages sur « la main invisible du marché » ou sur la nature anthropologique du mariage hétérosexuel ? L'éviction des recherches marxistes et la toute-puissance des dogmes institutionnels ont les mêmes effets depuis Galilée : ils fossilisent la science, ils la stérilisent et l'humanité tout entière en pâtit.

    C'est la raison pour laquelle les étudiants communistes organisent la Semaine de la Pensée Marxiste dans tout le pays, cette année du 25 au 30 mars. Nombre de travaux marxistes et critiques exceptionnels sont publiés chaque année. On s'efforce de les faire disparaître sous la poussière ; cette semaine de conférences, de débats et d'échanges a précisément vocation à les mettre en pleine lumière pour nourrir le progrès scientifique et social de la France.

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